Petite contribution à l'identité nationale

Publié le par Au Terminus des Pretentieux

Notre chroniqueur musical a fait l’impasse sur le réveillon offert, mais à quel prix, par Patrick Sébastien sur France 2 pour réviser l’actualité musicale en Sarkozie. Comme dirait le premier de ces messieurs, ça ne mange pas de pain. Deux découvertes, deux confirmations.


ERIC MIE

Qu’attendre du disque d’un dénommé Eric Mie intitulé « Le choléra » sur la pochette duquel l’intéressé arbore une barbe fleurie digne au choix d’un nostalgique de Carlos ou d’un émule de Guillaume Canet ?printemps 2010 mie

Sauf que, et c’est assez rare pour être signalé, voici un chanteur à l’humour désespéré qui tient ses promesses. Tenant à la fois d’un Brassens et d’un Boby Lapointe en devenir, le bougre tire à peu près sur tout ce qui bouge et notamment disons-le sur ce qui bouge de façon compulsive en agitant frénétiquement les épaules. « Mon cancer généralisé », en plage 5, donnera peut-être l’idée à un condamné par la science de finir en beauté devant le palais présidentiel. Le tout bouclé en 35 secondes littéralement explosives. Iconoclaste en diable, jouant finement de la dérision ( A mort les gens qui meurent proteste-t-il dans « Assez d’décès » ! ) , Eric Mie impose une verve turgescente en parfait contrepoint de la sinistrose ambiante. Et n’épargne ni les cons, ni les ensoutanés, ni les donneurs de leçons, ni les radios qui marchent au pas ( « La moribonde onde » ). Avec quelques titres plus mélancoliques où l’on tente d’oublier le traumatisme d’une séparation le temps d’une ballade en vélo ( « C’est déjà hier » ). Ce gars a un petit côté Yvan Dautin bien sympathique. A éviter quand même en fin de banquet, si vous ne voulez pas vous fâcher avec vos amis de droite.



LISA PORTELLI

La demoiselle est jolie, caresse joliment sa guitare électrique et a du charme à revendre. Que l’enchapeautée Du Fontenay se calme, peu de chances que Lisa Portelli aille rejoindre la cohorte caquetante de ses dindes emperlouzées. Trop écorchée pour parader en bikini, elle livre un album brut et tendu, funambule sur une corde de Gibson prête à casser. Une voix presque enfantine qui chante une amertume à la fois sèche et lyrique. LISA PORTELLI

Dans le genre on n’avait rien entendu d’aussi convaincant depuis Katel et son premier album « Raides à la ville ». Elle rafle paraît-il régulièrement la mise lors des premières parties auxquelles on la convie. Cela prouve qu’il y a encore par ici des gens qui ont des oreilles et qui s’en servent. On devrait reparler de Lisa Portelli, si les petits cochons ou plutôt les vieilles cochonnes ne la mangent pas.


BENJAMIN BIOLAY

Le beau gosse fera-t-il enfin taire ses détracteurs ? C’est dur d’être un surdoué, et initials BB qu’on a d’emblée élevé au rang de Gainsbourg junior traîne comme un boulet une référence aussi écrasante que la mèche savamment entretenue qui lui barre le front. Décrié pour sa pose attitude aussi bien que pour son mince filet de voix, Biolay a tenu bon la barre dans la tourmente, décochant de-ci de-là quelques flèches mélodiques imparables voluptueusement baignées d’orchestrations où il tombe des cordes comme à Gravelotte.LA SUPERBE 1

Avec « La superbe », un titre en clin d’œil aux mal-entendants qui ne le prennent que pour un petit crâneur, Benji la malice enfonce le clou en portant encore plus haut ses couleurs d’arrangeur mais aussi de compositeur hors normes. Le chant s’est affirmé, les thèmes musicaux foisonnent et rivalisent d’inventivité et d’élégance et les textes ont la nostalgie d’un Miossec qui aurait troqué sa Jenlain de bout de comptoir contre un Dom Pérignon. Parfois Biolay se dépouille et laisse à un simple piano le soin de soutenir une mélodie d'une pureté transperçante, avant que violons, choeurs et guitare électrique n'emportent le morceau vers des hauteurs à faire baisser le nez à toutes les tours de Dubaï ( "Ton héritage" ). Avec en prime une nouveauté : cette fois Benjamin Biolay nous touche. Et ça va laisser des marques. Album français de l'année cela va sans dire.


JP NATAF

Un signe des temps sans doute, les barbus ont la cote. La pilosité touffue qui ravage le visage de l’ex-Innocent sur la pochette de son bien nommé « Clair » est digne de Mollah Omar, mais sans sa mobylette. Quand reconnaîtra-t-on la valeur de ce garçon qui déjà du temps des Innocents avait largement prouvé que la pop pouvait s’écrire et se chanter dans la langue de Molière ? Ceux qui ont encore en mémoire « Un monde parfait » avaient  découvert à l'époque qu’on pouvait bâtir un tube sur autre chose qu’une boîte à rythmes et deux accords rabougris.printemps 2010 nataf

Ce garçon transpire la musique avec une légéreté que certains ne sont pas près de lui pardonner, à l’heure où la rouquine nationale affole les foules à coups de mégashows présomptueux et de chansons anémiques. Même si le climat s’y prête peu, la fraîcheur de « Clair » qui n’exclut pas par moments une certaine gravité nous enchante les tympans avec ses 12 perles pop pour le prix d’une bouteille de mousseux lyophilisé. C’était notre promo du mois.

Publié dans MUSIQUE

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Commenter cet article

Crapo 07/01/2010 11:28


Je dois être un pneu mazo (avec un "s" et sans haine à peu !)...

:-)


Crapo 07/01/2010 11:27


Je dois être un peu mazo (avec un "s")...

:-)


Au Terminus des Pretentieux 05/01/2010 22:24


le r de corriger le crapo a envie de se faire corriger


Crapo 05/01/2010 22:20


Quel bonheur que cela doit être que d'être corriger par Pheldor...


pheldor 05/01/2010 22:06


Un petit tiret par-ci ("de-ci de-là","ex-Innocent") un petit accent aigu par-là ("mégashows") et le tour est joué.