EN KATE DE RECONNAISSANCE

Publié le par Au Terminus des Pretentieux


Emilie Simon vient de publier un nouvel album dans l’indifférence quasi générale. Pour cette artiste hors norme qui a dû passer des nuits à s’imaginer sous les traits de Kate Bush, il n’y avait qu’un pas du rêve à la réalité qu’elle vient quasiment de franchir.

 


J’ai toujours eu un faible pour Kate Bush. Pas celle qui eut un jour la mauvaise idée de s’acoquiner avec Prince sur quelques titres de « The red shoes » qu’on s’est empressé d’oublier. Mais pour l’excentrique anglaise ( ce n’est plus un pléonasme depuis Tony Blair ) d’à peine vingt piges découverte avec « Wuthering heights », il y a plus de trente ans, et qui donna à l’époque une série de concerts qui n’avaient pas grand chose à voir avec l’idée qu’on en a habituellement : véritables performances de chanteuse, d’actrice, de danseuse, des spectacles hauts en couleurs visionnés jusqu’à épuisement de ma VHS pourrie et qui contribuèrent en même temps que ses envolées vocales et mélodiques, qui en exaspérèrent d’autres, à placer Miss Bush dans mon Panthéon musical. Elle y est restée en dépit d’une production parfaitement dispensable depuis son ultime grand disque, « The sensual world », en 1990.

En 1978, année de sortie de « The kick inside » premier opus de son illustre aînée, Emilie Simon devait probablement se contenter d’émettre quelques « areu areu » de bon aloi mais sans doute déjà du genre à vriller les oreilles de ses géniteurs, elle naissait à peine… Sans doute peut-on y voir un signe, sans tomber dans un déterminisme de bazar qui n’expliquerait de toute façon en rien la métamorphose singulière d’une artiste marginale. Marginale, oui, même si la bande originale du film « La marche de l’empereur », qui remporta le succès que l’on sait, lui fit miroiter quelque temps les paillettes du box-office et entrebailler à peine les portes hermétiquement verrouillées du show-biz hexagonal, repaire de bandits s’il en est, et pas que de bandits manchots.

THE BIG MACHINE 2

"The big machine ", agrémenté d’une pochette intérieure dépliante d’un kitsch réjouissant, est un virage marqué dans la discographie d’Emilie Simon et certainement l’accomplissement d’une démarche portée depuis jolie lurette. Les titres ( « Rainbow », « Dreamland », « Rocket to the moon »…), et le graphisme aussi, sont évocateurs de l’état d’esprit qui a dû présider à l’accouchement de cette œuvre tout sauf dépouillée, bariolée à la fois de touches électro plus en retrait qu’à l’habitude et de tout l’attirail flower power qui éclaboussait et la pochette et le contenu du déjà ancestral « The seeds of love » de Tears for Fears, disque boursouflé peut-être mais qui nous laissa avec le morceau titre un des plus beaux exemples de chanson à tiroirs qu’il nous ait été donné d’entendre. Et d’écouter encore. Certes Emilie Simon n’en est pas encore là, mais qui sait…

Intégristes du folk dépouillé, où les cordes de guitare ne portent qu’un string, passez votre chemin. Nous aurons peut-être l’occasion de nous retrouver plus tard. Ici l’exubérance règne, et si l’on craint un peu à l’entame du premier titre, « Rainbow », que le syndrome La Roux n’ait visité les lieux ( voix suraigüe, beat synthétique ), c’est une fausse piste. Là où la chipie rouquine ne parvient qu’à de rares ( mais parfois beaux ) moments à faire décoller ses chansons d’une sécheresse mélodique glaçante, Emilie Simon se lâche dans un ballet démesuré de cordes et de cuivres, de trompettes pennylaniennes, d’instruments multiples et variés et d’arabesques vocales impensables dans ce pays. La Roux non, la roue libre oui.


Des compositions sous-tendues par la présence de machines et de programmations diverses mais qui n’occupent pas le terrain, terrain largement accaparé par la voix qui retrouve même par moments les accents et les gimmicks de son modèle britannique. Ecoutez « Nothing to do with you », et profitez de votre équipement high-tech pour le glisser perfidement en bonus-track sur une fausse compilation de Kate Bush que vous offirez en douce à votre dulciné(e) ou à un jeune de l’UMP rendu dépressif par le clip Plamondo-laxatif déjà décrit dans les brèves de ces colonnes indispensables (10 décembre ). Eh bien si la supercherie est découverte, le Terminus des Prétentieux s’engage à vous verser le salaire annuel intégral d’un prof d’histoire-géographie en terminale scientifique version Luc Chatel pour vous consoler de la honte d’avoir cherché à duper en vain l’être aimé. Mais nous ne prenons guère de risques. A tout point de vue.


Curieux dans cet album cette façon qu’à Emilie Simon de lancer ses chansons sur de fausses pistes, à l’image de « Dreamland » qui embraye comme du KimWilde avant qu’arrangements et thèmes musicaux viennent donner une toute autre ampleur au morceau, l’embarquant vers ce qu’il convient bien d’appeler du Emilie Simon, une mayonnaise souvent réussie entre ses rythmiques electro et ses cabrioles vocales menées d’une voix quasi enfantine qui frôle parfois la sortie de route avec une belle inconscience.


Le sommet sera atteint avec ce somptueux « Ballad of the big machine », dont le piano détaché semble comme émerger d’une gangue de bruitages hétéroclites avant que le chant, alternant pour une fois anglais et français, puis les cuivres à la « Sgt Pepper’s », ne nous délivrent une mélodie dont l’évidente simplicité n’attendait qu’à être révélée.EMILIE SIMON

Alors ne boudons pas notre plaisir, même si quelques grincheux dont pour une fois je ne suis pas, reprocheront à Emilie son choix systématique ou presque de l’anglais pour colporter sa pop sucrée, optimiste et rococo. Si la firme Lustucru, à sa grande époque, fit ses choux gras de ses fameuses « pâtes riches », pas si fameuses que ça au demeurant, Emilie quant à elle en rajoute des couches, surtout vocalement, avec un sens de l’exagération qui force la sympathie.


Il  est assez rare, dans un pays dont la, paraît-il, première dame prône dans ses dispensables musiquettes le chuintement plus ou moins atonal, d’entendre quelqu’un brailler « Chinatown » à gorge déployée en se prenant pour une improbable Björk montpellieraine. Avec parfois comme chez l’Islandaise quelques outrances, mais ce n’est pas ici, où l’excès en tout est vivement recommandé, qu’on lui en fera le reproche.

Ch.M

Publié dans MUSIQUE

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