Un Carion en demi-tinte

Publié le par Au Terminus des Pretentieux

Merci à Pheldor de rester calme face à cette vraie-fausse erreur d’orthographe, pauvres cloches que nous sommes.

« L’affaire Farewell », signé Christian Carion, ne nous collera certes pas le bourdon, tant il nous berce d’une langueur comme qui dirait quasi monotone ( merci Desproges ).

 

 

Profitant de l’hibernation prématurée de notre spécialiste géopolitique, plongé au moment même où j’écris ces lignes dans les mémoires à l’eau de Javel de Laure Manaudou , j’expédie sans détours la trame sur laquelle repose ( c’est le cas de le dire ) ce très petit film d’espionnage : au temps de la Guerre Froide, avant la Perestroïka gorbatchevienne, un colonel russe transmet aux occidentaux des informations top secret : plans du Air Force One américain, étude d’ingénieurs soviétiques sur la fragilité de la navette Columbia, code d’accès à la Maison Blanche, etc…par l’intermédiaire d’un ingénieur français dont le patron est en cheville avec la DST.


Guerre Froide, espionnage, présence normalement oppressante du KGB…le spectateur lambda doit donc s’attendre à passer les presque deux heures que dure « L’affaire Farewell » dans un état sinon d’inquiétude, du moins de fébrilité que le synopsis laisse supposer.


Las ! D’entrée, la mauvaise idée qu’a Carion de représenter à l’écran les trois grands d’alors : Reagan, Mitterrand et, moins visible à l’écran, Gorbatchev, fait basculer le projet du côté des téléfilms à deux balles. On sent la sueur des maquilleurs pour faire un Tonton présentable, mais côté américain c’est un flop navrant, accentué par la lourdeur du metteur en scène qui nous colle et nous recolle Ronnie devant son petit écran à regarder en boucle la scène du duel final de « L’homme qui tua Liberty Valance » , celle où John Wayne colle un pruneau dans la tête de Lee Marvin pour que James Stewart puisse entrer du haut de son presque double mètre dans la légende de l’Ouest.


C’est le seul vrai moment de cinéma auquel nous aurons droit, merci à John Ford. Carion peine à faire vivre ses deux protagonistes, sans jamais nous faire ressentir ce mélange d’excitation et de trouille qui est le sel de tout bon film d’espionnage. Ce n’est ni le Mankiewicz de « L’affaire Cicéron », il est vrai servi par un James Mason d’une autre trempe, c’est peu de le dire, que Guillaume Canet, ni le John Huston de « La lettre du Kremlin » qui me contrediront, ont-ils d’ailleurs la moindre chance de tomber sur cet article ?

Psychologie sommaire des personnages, arrière-plan familial bâclé et insignifiant, absence de rythme rédhibitoire, jeu aux confins du néant de Guillaume Canet qui ne parvient pas à faire émerger la moindre parcelle de l’angoisse qui doit quand même bien effleurer ce héros malgré lui plongé à corps défendant dans une histoire qui le submerge, seul Emir Kusturica, et encore par instants, laisse filtrer un peu de vie et d’adrénaline dans ce film raté aux allures de fleuve tranquille. Dont Christian Carion, pédagogue en diable, aime à nous resituer l’époque, à coups d’affrontement tennistique Borg-Mac Enroe, de concert de Queen ou d’extraits  du « Wall » de Pink Floyd, surchargeant musicalement un sujet passionnant à côté duquel il passe sans coup férir. Une curieuse échappée comique nous montrera avec une maladresse désolante comment Canet se joue des militaires d’opérette chargés de le surveiller dans une scène dont la naïveté non feinte ne fait que renforcer le malaise.


Un conseil pour en finir : si l’occasion vous est offerte sur une chaîne du cable ou du satellite, le service public ayant dans ce domaine rendu les armes depuis bien longtemps, de voir ou de revoir cette « Affaire Cicéron » évoquée plus haut, admirable jeu du chat et de la souris entre un James Mason d’un cynisme parfaitement raffiné et une Danielle Darrieux qui ne s’en laisse pas compter, autour d’une affaire d’espionnage là aussi réelle et qui avait fait trembler en son temps Big Ben sur ses bases, payez-vous deux heures de cinéma dans lequel vous trouverez les ingrédients qui font cruellement défaut à l’ « Affaire Farewell » : acteurs brillantissimes, dialogues étincelants, et mise en scène à l’unisson. Un autre film.

Ch.M


 

 

 

Publié dans CINEMA

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pheldor 14/10/2009 10:24


@Ch.M
Mercci.


Crapo 13/10/2009 23:53


Je vais faire mon chiant : Kusturika quand même... merde !

Sinon, film mal exploité, tant dans sa réalisation que dans son exploitation en salle ! J'ai comme l'impression que le cinoche "européen" cherche son cachet à défaut de ticket...

Pour ma part, et c'est sans doute un peu tard, mais j'ai adoré "Mary & Max" d'Adam Elliot, de quoi foutre au placard Tim Burton et ses sempiternelles obsséssions Hallo-oui-n'esques ?

Pour finir et sans aucun rapport (oblige) :

Marge Simpson en couv' de Playboy ! Bizarre, je bande pas !

Prétentieusement votre !


Ch.M 13/10/2009 23:29


Dont acte. Mais personnellement j'écrirais volontiers accent avec deux C. Un simple acident sans aucun doute.


pheldor 13/10/2009 21:49


Et v'là mon son de cloche à moi.
La langue française n'étant pas fan de majuscules, je pense qu'il vaut mieux écrire "guerre froide" et "perestroïka".
Une seule cheville suffira, donc : "en cheville".
J'échangerais bien un acent grave contre un aigu (ou le contraire) dans "inquiétude".
Enfin, "à son corps défendant".