Besson, la honte de la jungle

Publié le par Au Terminus des Pretentieux

 

 

Il y a des soirs où l’écoeurement rivalise avec la colère, sans que l’on sache exactement pourquoi.


Mais, mardi soir, l’origine du malaise était clairement identifiable : le démantèlement de la « Jungle » près de Calais, l’arrestation musclée de 276 clandestins par les forces de l’ordre, les larmes de détresse de certains, le désarroi des membres des associations  d’aide, la file de ces individus anonymes encadrés par des cordons de policiers… tout cela s’entrechoque, se bouscule en images dans les reportages des chaînes de télé et me saisit à la gorge…


Et puis, une fois l’endroit « sécurisé » et les abris précaires détruits, l’organisateur de ce sinistre gâchis, Eric Besson, visite devant les caméras de télévision ce qui ressemble à un champ de bataille, tel un Napoléon d’opérette entouré de son état-major et de ses gardes du cœur, …euh pardon, du corps (car, son cœur, cela fait longtemps qu’il l’a vendu avec son âme contre un portefeuille ministériel). Alors qu’il parade sur un sentier qui n’a rien de glorieux, notre général de prisunic gratifie la cohorte de journalistes qui l’accompagnent de commentaires qui sont à l’analyse politique ce que le caniveau est au chien : soutenant qu’il ne considère pas cela comme une victoire, alors que son visage dit exactement le contraire, le justicier de pacotille souligne que l’opération est un moyen de protéger les clandestins de l’asservissement à l’égard des «méchants » passeurs, et de faire respecter la loi et l’état de droit…(une réplique « stalonienne » sans doute inspirée de Judge Dred…).


S’il y a bien un point sur lequel je suis d’accord avec ce gaudillo des sous fifres, c’est que ce n’est pas une victoire ! Ce jour d’infamie est même une défaite à un triple niveau ! C’est d’abord l’échec de la décision de Nicolas Sarkozy de fermer en 2002 le camp de Sangatte qui accueillait, dans des conditions décentes, les populations du tiers-monde attirées par le prétendu eldorado britannique. Au lieu de contribuer à la diminution des flux de migrants clandestins, la fermeture a simplement provoqué un redéploiement de ces derniers le long du littoral de la Manche dans une multitude de « bidonvilles » aux conditions bien plus précaires que celles qu’offrait Sangatte.


Le simple fait qu’il ait fallu raser le plus célèbre de ces camps informels, la « jungle » de Calais, sept ans après l’arrêt de Sangatte, traduit bien l’échec d’une mesure qui n’a engendré qu’une aggravation de la situation. Avec la fin de « la Jungle », l’histoire ne fera que se répéter, débouchant sur la création spontanée d’autres « jungles » aux conditions de vie plus effroyables et livrant encore un peu plus les clandestins à la merci des fameux passeurs. En effet, l’exemple de la frontière américano-mexicaine montre que plus une politique est répressive, plus l’emprise des passeurs est forte sur ceux qui sont prêts à tout pour traverser la frontière, sans pour autant avoir d’impact sur l’intensité des flux : qui pourrait penser que des gens qui ont souvent fui des situations de détresse (notamment les Afghans et les Irakiens, majoritaires autour de Calais), qui ont parcouru plusieurs milliers de kilomètres, parfois au péril de leur vie, pourraient se décourager à quelques dizaines de kilomètres du but ?


Mais au-delà du cas des clandestins cherchant à rejoindre la Grande-Bretagne, les événements du 22 septembre reflète l’échec annoncé de la politique globale d’immigration menée par Nicolas Sarkozy bien avant son sacre de mai 2007. La France fait partie des 5 pays qui accueillent 80% des 5 à 8 millions des migrants illégaux vivant en Europe. La politique de répression et d’expulsion, si médiatique soit-elle, ne touche qu’une petite partie de ces populations, sans empêcher de nouvelles vagues d’arriver, alimentées par la recrudescence des conflits et la misère, accentuée par les effets conjugués de la crise, du réchauffement climatique et de la pression démographique. Elle ne sert donc à rien, si ce n’est à provoquer des tragédies individuelles pour courtiser les suffrages extrémistes… L’expulsion des étrangers qui ne sont pas en règle consiste donc à traiter le symptôme et non la cause, comme si on essayait de stopper une hémorragie avec un pansement.


Vaine et inefficace, la politique d’immigration dans son ensemble est également immorale. Elle marque ainsi une défaite supplémentaire pour la France des droits de l’Homme, dont le mythe se délite jour après jour. Les idéaux humanistes et humanitaires ont cédé la place à la culture du chiffre et du résultat médiatique. Signe des temps, le secrétariat d’Etat aux droits de l’Homme créé en 2007 n’a pas survécu aux remaniements ministériels alors qu’Eric Besson a succédé à Brice Hortefeux, le Dieudonné de l’UMP, à la tête du ministère de l’immigration, du co-développement (qui consiste essentiellement à vendre des centrales nucléaires à des dictatures nord-africaines qui ont les moyens de payer) et de … l’identité nationale !!!

Sur ce dernier point, c’est encore raté : mardi soir, j’avais honte d’être Français.

J-P.C

 

Publié dans SOCIETE

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Crapo 27/09/2009 16:51


Pour être allé sur place à trois reprises afin de soutenir l'association Salm et surout les Migrants du Calaisis (cf les liens ci-dessous) je me permets de vous rejoindre sur cette "honte d'être
français, né de parents français, d'arrière grand-parents français (etc...)

J'ai honte, j'ai mal... J'ai vécu près de 10 ans dans la Rue... j'ai dormi trois semaine dans les "jungles"... à mon retour sur Paris, sur mon trottoir dans le 14eme, j'avais l'impression d'être au
club med' !

liens :

http://www.lepost.fr/article/2009/06/24/1592704_il-est-mort-parce-qu-il-n-a-pas-pu-prendre-une-douche_1_0_1.html

et

http://www.lepost.fr/article/2009/04/26/1511587_loi-welcome_1_0_1.html

Je suis en contact régulièrement avec les intervenants locaux (Salam, le Secours Catholiques et l'association La belle étoile), si vous souhaitez des infos réelles de ce qu'il se passe "là-bas" je
me tiens à votre entière disposition.

Hervé (Crapo)