Zizanie dans le métro

Publié le par Au Terminus des Pretentieux

Avis aux lecteurs du Terminus, prenez la peine de lire cet article, il est exceptionnel, unique !  Je n’écris pas cela parce que les lignes qui suivent sont dignes des plus grands auteurs, ni parce que je suis sur le point de vous révéler la vérité sur l’assassinat de Kennedy ou l’identité du père de la petite Zora Dati…



       Non, la raison de cet excès de vanité et de prétention réside dans le fait que ce texte est sans doute la seule critique à dire du bien du dernier film de Tony Scott, L’attaque du métro 123… et peut-être le seul article dont l’auteur a réellement vu les 105 minutes de ce thriller… Hé oui, le doute est permis quand, par exemple, le journaliste d’un magazine auquel je suis abonné déplore les ralentis qui alourdissent l’action alors que Tony Scott use (et abuse) au contraire des images accélérées pour se rendre d’un point à un autre de New York, procédé imposé par le déroulement en temps réel de l’action mais pas toujours heureux visuellement et esthétiquement…

       Quant à ceux qui ont pu aller jusqu’au générique de fin, ils se laissent aveugler par leurs préjugés sur Tony Scott ou le cinéma d’action hollywoodien. Ils délaissent le fond du film pour se consacrer à la forme de leurs articles dans lesquels sont multipliées les petites formules métaphoriques cassantes aussi stéréotypées (si ce n’est plus) que la réalisation qu’elles sont censées mettre en pièces…

       De ce fait, ils passent à côté du sens de l’œuvre qu’ils prétendent analyser… Néanmoins, attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit : L’attaque du métro 123 est loin de constituer un chef d’œuvre, à mille lieues de l’intensité manipulatrice de Spy game, ou de la frénésie de l’étonnant Domino.

        Le scénario de départ est relativement simple : des hommes armés prennent en otage une rame du métro de New York et réclament 10 millions de dollars contre la vie des passagers ; leur interlocuteur est un aiguilleur du centre de contrôle de la circulation. Bien qu’étant un remake d’un film des années 70, L’attaque du métro s’émancipe très vite de son modèle en s’adaptant au contexte actuel, ce qui en fait sans doute le 1er film post crise financière ! Ceux qui accusent Tony Scott d’avoir fait du terrorisme sa marotte depuis le 11 septembre (affirmation risible au regard de sa filmographie) sont à côté de la plaque et n’ont pas perçu le double niveau de lecture à peine dissimulé par le réalisateur. Ainsi apprend-on au fil d’un face à face psychologique enlevé entre l’aiguilleur, c’est-à-dire le « régulateur » de la circulation (Denzel Washington), et le chef des preneurs d’otages (John Travolta) que ce dernier est un ancien trader, une sorte de Jérôme Kerviel survitaminé et hystérique qui aurait purgé 10 ans de prison pour avoir un peu trop joué avec des fonds de pensions.

        La mise en parallèle ne se limite pas à cet affrontement entre le trader criminel et le « régulateur »… La prise d’otages est présentée comme une opération financière mettant en péril le citoyen américain moyen et, comme dans la réalité, seule l’intervention des pouvoirs publics peut empêcher la catastrophe : cela va du petit fonctionnaire municipal incarné par Denzel Washington (Certains dialogues insistent sur le fait qu’il est le représentant de l’autorité publique) à la réserve fédérale, qui, à l’image d’une actualité récente, injecte les millions de dollars nécessaires pour empêcher la situation de dégénérer ! Sans parler de la mairie de New York, qui, dans un 1er temps, ne prend pas la mesure de la situation et « laisse faire », puis joue ensuite un rôle prépondérant… Quand, en plus, une partie du drame se dénoue à la station Franklin Roosevelt, le président dont le New deal avait permis de lutter contre la grande dépression née du krach boursier de 1929, le doute n’est plus permis ! Même la question des bonus est indirectement abordée : en effet, le héros avoue publiquement, sous la pression de Travolta, qu’il a touché une commission pour l’achat de nouvelles rames de métro (pour envoyer ses deux filles à l’université et payer son emprunt immobilier, évidemment…), ce qui est illégal pour un fonctionnaire mais, comme le fait remarquer le scientologue de service, est une pratique courante dans le milieu de la finance ! Vous trouvez que c’est un peu tiré par les cheveux ?

       Alors, je me permets de dévoiler un aspect de l’intrigue, que l’on devine un peu trop rapidement malheureusement : la prise d’otages masque une opération de spéculation à grande échelle puisqu’elle provoque une chute des cours à Wall Street et un renforcement des valeurs de refuge comme l’or…

       Finalement, si la manœuvre finit par échouer, c’est aussi en raison du hasard qui transforme l’action du trader en jeu de roulette de casino, ainsi que le laisse entendre Travolta dans un dernier face à face, occasion pour lui d’une ultime transaction imposée à Denzel Washington… Que l’on apprécie ou que l’on déteste sa manière de filmer, force est de constater que Tony Scott s’impose depuis USS Alabama comme un des piliers du cinéma américain dit de « sécurité nationale », que ses détracteurs pourraient apprendre à connaître par la très enrichissante lecture du livre de Jean-Michel Valantin Hollywood, le Pentagone et Washington, les trois acteurs d’une stratégie globale.

J-P. C.

Publié dans CINEMA

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