Publique ennui !

Publié le par Au Terminus des Pretentieux

Publique ennui

 

 

Michael Mann est un réalisateur qui ne laisse pas indifférent, capable du meilleur (L’excellent Révélations qui lui a valu un oscar) comme du médiocre, pour ne pas dire le pire, (Miami Vice, piètre adaptation d’une série télévisée ). Son dernier opus, Public enemies, consacré à la carrière de John Dillinger, braqueur de banques durant la grande dépression, confirme cette réputation. On retrouve les qualités du réalisateur, à savoir des images et une mise en scène soignées, une reconstitution travaillée des années 30 bien mise en valeur par le choix de couleurs délavées pour exprimer le marasme économique de cette période, et un sens peu commun du rythme et de l’action… C’est peut-être dans cette dernière vertu que le film puise ses faiblesses puisque l’action prend petit à petit le pas sur les intrigues policières et psychologiques (le jeu de miroir entre le criminel - Johny Depp, toujours égal à lui-même - et le flic qui le poursuit - Christian Bale - ). Michael Mann retombe avec complaisance dans les excès de Heat, dont Public enemies reproduit et accentue les défauts. Après une demi-heure, le film devient en effet une succession de scènes de braquages, de fusillades, de poursuites qui ne présentent qu’un intérêt esthétique et nous plongent dans l’ennui. Même le dénouement, pourtant beaucoup plus calme et réfléchi, ne parvient pas à nous sortir de la torpeur tant il est attendu, avec en prime, un final au ralenti, un peu éculé depuis  Les Incorruptibles de Brian de Palma… Cela n’empêche pas quelques bons passages comme la mise en abîme du destin de John Dillinger à travers un film noir  que le héros regarde lors d’une séance au cinéma.

Finalement, la séquence peut-être la plus « jouissive » est celle où « la môme Cotillard » (cliché récurrent chez la plupart des critiques, alors il n’y a pas de raison que je m’en prive…) se fait tabasser à grands coups de tartes dans la tronche (c’est vrai que, parfois, on a envie de lui en coller une !) par un policier souffrant d’une déficience de subtilité (comme nombre de personnages du film) … Mais, dans la foulée, le sommet du pathétique est atteint lorsque le chevalier blanc de la justice (Christian Bale) intervient pour faire cesser le supplice et porter la martyre dans ses bras forts et musclés jusqu’aux toilettes afin qu’elle se soulage d’un besoin qui lui tenaille la vessie depuis un bon moment…  Bref, Public enemies est la preuve que de bons ingrédients n’empêchent pas un film d’être sans saveur.

Publié dans CINEMA

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article