Momo le héros (un peu fatigué)

Publié le par Au Terminus des Pretentieux

A l’heure où notre technocrate national du rock’n roll s’affiche dans une tournée délirante à coups de cliquetis d’aigle mécanique grandguignolesque, Steven Morrissey sort un nouvel album, « Years of refusal ».
Moyen. Mais avec une fidélité artistique et une humilité qui clouent le bec.




Morrissey a 50 ans.
          23 années écoulées depuis l’apogée des Smiths, icônes rock du Manchester pas encore United qui ébranlèrent le monde musical avec des conséquences encore audibles à l’heure actuelle. Les guitares laminées de Johnny Marr se sont tues, et on me pardonnera de passer sous silence son aventure « Electronic » avec Bernard Sumner, chanteur à courte portée alors en rupture de ban avec New Order. La voix soyeuse de Morrissey, elle, continue de flotter dans l’air, d’un album à l’autre, depuis cette carrière solo inaugurée brillamment en 1988 avec l’album « Viva hate » et ce mélange de puissance instrumentale et de vocalises suaves qui culminait dans l’imputrescible « Every day is like Sunday » qui tourne encore sur nos platines les jours de grisaille dominicale.

          Chaque album du Moz est guetté avec des étoiles dans les yeux par une cohorte toujours bien garnie de fans transis, ou attendu au coin du bois par quelques critiques rock aigris qui se délectent du spectacle finalement rassurant de l’idole vieillissante, façon d’exorciser sa propre décrépitude en fustigeant celle des autres. Je sais de quoi je parle.
« Years of refusal », sur la pochette duquel un Morrissey un peu empâté tient un bébé dans les bras d’une façon qui ne donne guère envie de retomber en enfance, pourrait bien donner du grain à moudre aux deux camps évidemment irréconciliables. Oui, bien sûr, la voix est toujours là, et Morrissey a su préserver son outil de travail avec une belle efficacité. Bien qu’ici elle parte parfois dans tous les sens. Non, il est difficile de retrouver ici les trésors de compositions qui enflammaient le « Vauxhall and I » d’il y a déjà une quinzaine d’années.

          Certes depuis « Something is squeezing my skull » en ouverture jusqu’à ce « I’m OK by myself » libératoire au moment d’éteindre les lampions, on ne relèvera aucune faute de goût notable. Morrissey assure avec une conscience professionnelle estimable, et la ballade « Throwing my arms around Paris » peut prétendre à un bon cru même si là aussi l’homme a déjà fait mieux. Si on a pu lire ici et là que le tout baignait dans un background « légèrement bourrin », ce serait oublier que Morrissey a toujours ou presque (moins sur les derniers albums en date il est vrai) été tarabusté par les ambiances bûcheronnesques, assurées ici par un groupe sans grand génie mais efficace. Ce qui n’excluait pas une finesse de composition faisant par exemple du « Speedway » qui clôturait « Vauxhall and I » l’archétype du morceau à la Morrissey, voix langoureuse et batterie monstrueuse pour solder le compte. C’est plutôt la relative platitude des titres, leur manque d’intensité mélodique planquée derrière une rythmique tapageuse qui nous déçoit dans une certaine mesure. Etant entendu que la fadeur de chansons comme « All you need is me » ou « It’s not your birthday anymore » ferait le bonheur de bien des étoiles filantes du rock circus propulsées, à grands renforts de médias, sauveurs d’un genre qu’on a dit enterré un peu tôt. Pete Doherty sait de quoi on parle. Et si Momo en érudit du rythme binaire connaît bien ses cas lexicaux, il use des trompettes mariachi dans « When last I spoke to Carol », instrument inhabituel chez lui, de façon presque probante.

          Morrissey, et c’est à son honneur, n’a jamais cédé aux modes ambiantes, a maintenu un cap résolument rock’n rollesque avec un entêtement louable et une constance de qualité qui font qu’on lui pardonnera une baisse de régime qu’il a d’ailleurs déjà connue dans le passé. Pour mieux resurgir par la suite.
Tiens, si ce blog existe encore dans deux ou trois ans, nous serons peut-être ravis de saluer le retour en grâce d’un Morrissey statufié de son vivant et qui tient son rang de héros du rock mondial avec une honnêteté et une intégrité rarement prises en défaut. Rendez-vous est pris.

Ch. M.

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