La mort et rien d’autre

Publié le par Au Terminus des Pretentieux

Que ceux qui n’ont pas souhaité secrètement, fuir un week end en famille me jettent la première pierre. Ryota, le héros de "Still walking" est de ceux là. L’idée de passer deux jours et une nuit dans la maison parentale avec sa femme et son fil à elle, ne l’enchante guère. Pour lui plomber un peu plus le moral, le week end est une veillée aux morts.

          Evidemment cette livraison japonaise n’a rien de Taxi ou du Transporteur énième version, c’est à pas lents durant 1h55 (je ne dis pas près de 2 heures, pour que vous ne fuyez pas) que le réalisateur Kore-Eda Hirokazu déroule le fil d’une histoire qui tient en une idée : l’étrangeté des siens.

          Dans une ambiance nippone policée, où serrer la main de son fils tient du geste obscène, on assiste impuissant à d’impossibles rencontres familiales. La mort du frère aîné, noyé alors qu’il sauvait un jeune garçon, pourrait être l’ancrage de cette solitude et on songe à la chambre du fils de Nino Moretti. Le décès dans un accident de plongée (l’eau déjà) d’un adolescent avait fait exploser les liens familiaux. Moretti figurait cette incurable fracture dans une scène magistrale où l’amie du fils disparu devenait le seul lien entre les vivants.

          Hirokazu va plus loin, il signifie que les morts sont nos seuls interlocuteurs, que nos gestes et nos sentiments leur sont dédiés et que nos proches sont étrangers. La mort du frère ou du fils n’est pas l’origine du mal mais elle autorise le dialogue. La scène finale est à ce propos éloquente. Ryota répète les gestes de sa mère décédée et enfin renoue le dialogue. Le réalisateur irrémédiablement à distance, refuse une dernière fois de nous livrer une piste et nous laisse avec cette terrible image d’un cimetière, lieu du lien retrouvé ou/et prophétie d’une irrémédiable distance entre vivants.

Th. G.

 

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