Le magasin de Porcelain

Publié le par Au Terminus des Pretentieux

A la convergence de groupes influents comme Mercury Rev, Grandaddy ou Supertramp (!), la noisy pop brute de décoffrage de Porcelain prouve qu’on peut jouer fort sans nous les briser.



          A qui François Barriet, chanteur-guitariste du groupe Porcelain, a-t-il voulu rendre hommage en baptisant son album, à paraître en mai, "Adios Betty" ? La Betty Boop coquine de nos dessins animés d’antan, la Betty encabanée de Lavilliers, le personnage double incarné par Naomi Watts dans l’inépuisable "Mulholland drive" ?
Ou encore Betty Davis icône cinéphile dont les yeux ensorcelants inspirèrent naguère une chanteuse raucailleuse depuis oubliée ?

          Toujours est-il qu’on rentre dans l’échoppe de Porcelain comme dans une auberge espagnole. Chacun pourra à loisir y coller les références qu’il voudra, à commencer par Mercury Rev, à qui Porcelain emprunte tour à tour les chemins tordus et psychotropes des premiers albums ou les sentiers lumineux et haut perchés de "Deserter’s songs". On jurerait même entendre Jonathan Donahue et sa voix de fausset magnifique au détour d’un "Betty", encore elle, mais c’est bien François Barriet qui signe avec Porcelain le meilleur morceau de Mercury Rev depuis des lustres.

          Une voix qui curieusement rappellera bien des choses aux nostalgiques de Supertramp. Ils y reconnaîtront volontiers un timbre qui évoque tour à tour Rick Davies ou Roger Hodgson, façon low-fi, comme si Supertramp avait abandonné pour un temps le Ripolin parfois anesthésiant de leur production  pour s’acoquiner avec les frères Reid de Jesus & Mary Chain. Ou abrégé leur petit déjeuner américain pour entamer un bœuf avec les guitares mal peignées de  Lou Barlow.

          Si "It’s yer blues John" est un clin d’œil purement anecdotique au Lennon du White Album des Beatles, c’est l’âme de Grandaddy qui resurgit sur certains titres où la déglingue se calme et où le tempo se fait plus lent et l’atmosphère plus sereine. Ce qui, il faut bien le dire, est plutôt rare. Le son est brut, les guitares sont sales, la batterie est plombée, les fioritures manquent cruellement et le chant de Barriet a parfois quelque chose de pathétique, une sorte de grandiloquence sous contrôle qui rend le personnage, oui on peut le dire, charismatique.

           On ressort de cet album un peu lessivé, Porcelain ne nous laissant que peu de répit au milieu de tous ces titres aux tempos moyens mais balancés avec l’énergie brute et l’urgence d’un condamné au pied de la potence. Si les saturations nous vrillent parfois l’oreille, on en éprouve pourtant le même plaisir que celui pris dans les années 90 à entendre ces groupes de noisy-pop tenter de cacher leur timidité maladive derrière des murailles de guitares distordues.
Avec ici un supplément d’âme.

          Ne boudons pas notre plaisir. A l’heure annoncée du retour de la grotesque Farmer et de ses pignolades préprogrammées pour ordinateurs en rut, ce disque foisonnant et organique est une bonne nouvelle.

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