Le money time ou comment le 5 de Chanel est devenu eau de boudin

Publié le par Au Terminus des Pretentieux

Sortie en fanfare de Coco avant Chanel, l’histoire de la papesse de la mode. Le film est-il aussi tapageur que la cavalerie promotionnelle ?


      Comment échapper à une semaine de promotion massue, dont le point d’orgue fût la présence de Poelvoorde dimanche au 20 heures de Chazal et de Tautou même jour même heure chez Marie Drucker sur la chaîne concurrente ? Un grand moment de zapping ou comment ramasser un maximum de gogos en profitant de l’indolence dominicale des téléspectateurs.
Le cinéma n’est-il pas soluble dans ces ultra campagnes de réclame à outrance ?

       Le plus désespérant est que Coco avant Chanel mérite le détour. Et que tout ce tapage est bien inutile.
A première vue, c’est un film charmant, tout en douceur. Audrey Tautou incarne à merveille une Gabrielle Chanel revêche et adorable et Benoît Poelvoorde est un mufle jaloux d’une justesse étonnante.

       Pourtant au delà de ce chassé-croisé amoureux, Anne Fontaine peint à merveille la fin d’une époque.
Poelvoorde-Balsan  est un aristocrate qui se moque de ses aïeux mais ne quitte pas le navire qui sombre. Vêtue de sa robe de chambre ridicule, il prolonge la nuit pour ne pas se réveiller avec la gueule de bois. Il s’oublie avec les siens dans des mondanités pitoyables et des fêtes décadentes risibles. Il ferme sa chambre, son cœur, sa tribune au champ de courses à celles qui ne sont pas de sa condition. Il refuse pêle-mêle le travail, la libération de la femme, les voitures préférant l’oisiveté, le corset et les chevaux.

      Tautou-Chanel incarnation de la modernité à qui on interdit tout, a paradoxalement toute liberté de briser les codes. Le corset est le premier maillon qu’elle fait céder et toute la chaîne casse. Elle peut tailler dans les vêtement de Balsan, libérer son corps et enfin vivre. Balsan perdra cette femme vivante et morte à la fois. Chanel est un anachronisme et un augure. Ses vêtements ne sont que l’expression d’une réalité en marche.

      Avec bonheur, la réalisatrice a pris des libertés avec la soi disante vérité documentaire et a concentré toute l’énergie du film à révéler la modernité de Chanel.
On jubile !

       C’était sans compter (et le mot prend tout son sens) les dernières minutes, le fameux money time des sportifs. Des images de mains qui coupent, qui taillent, un film qui devient clip et un défilé. On reconnaît les tenues célèbres, le fameux tailleur rose. Tautou est assise sur les marches d’un escalier. Le film devient message publicitaire à la gloire de la maison de haute couture. Pourquoi ? Quels liens ont entretenu les producteurs et la Grande maison ? Contractuellement les spectateurs français et internationaux (le film sera projeté dans 56 pays) devaient-ils apprendre que Chanel c’était ça ! Pourquoi cette célébration en fanfare de ce qui  avait été susurré jusqu’alors. Quel dommage !
Le film ne nous accompagnera pas. En cinq minutes, le chiffre fétiche de la Chanel immortelle a donné un éclat bien trivial à la marque.
T. G.

Publié dans CINEMA

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article