Les bijoux de Joyet

Publié le par Au Terminus des Pretentieux

L’ancien parolier de Juliette vole enfin de ses propres ailes. Le fils improbable de Desproges et  Ferré a trouvé en la pianiste Nathalie Miravette la complice idéale de ses forfaits musicaux.

Miravette et Joyet sont dans le même bateau, mais ils ne sont pas près de tomber à l’eau.

Un piano, une pianiste, un micro et derrière ce micro un homme, la soixantaine, dans un costume impeccable.

Un peu daté le concept, non ? sauf que…

      Sauf qu’on a vite compris à l’écoute simultanée des mots de Bernard Joyet et des arabesques diaboliques que tisse autour d’eux une Nathalie Miravette déchaînée, qu’on tient là autre chose qu’un tour de chant éculé, j’ai bien dit éculé.

      Amoureux des mots, sans doute tombé dedans quand il était petit, l’homme partage avec un Pierre Desproges dont l’absence se fait de plus en plus intolérable chaque jour que le diable fait ce goût délicieux pour l’acoquinage incongru de l’enluminure  littéraire la plus extatique et de la gaudriole la plus redoutable.

      Tour à tour incisifs, pétulants, moqueurs, vachards ou déchirants et vibrants d’humanité, les textes du gars Joyet vous retournent l’âme et le coeur avec une élégance assortie au costard. Il vous propose sa version de la Bible, fulgurant résumé à sa manière du best-seller mondial qui lui vaudrait sans doute une excommunication en bonne et dûe forme si Sa Sainteté daignait un jour ôter les bouchons de cire papale qui lui obstruent les oreilles à l’heure d’écouter les malheurs du monde. Plus loin, au moment d’évoquer son père fauché  par, comme aurait dit l’ami Pierre avec son sens du contrepied à la Messi, une « courte maladie rigolote », l’estomac se noue plus douloureusement encore qu’après un lunch au MacDo.

      Avec Joyet c’est simple, tout y passe : la gérontophilie, Verdun, l’homme de Cro-Magnon, l’amour propre (auquel il donne un sens tout à fait littéral dans une chanson à l’eau de Javel), la Marseillaise (totalement réinventée dans une version à faire tourner les militaires en bourrique, et pas seulement ceux de la Légion…) ou le désenchantement au quotidien où l’hymne à l’amour cher à Piaf a quelque chose d’inaccompli (« Je t’aime…presque » avoue-t-il dans un souffle à briser la pierre).

       Plus qu’un concert, la prestation du duo sur scène est bel et bien un spectacle, et quand elle laisse refroidir un peu son piano entre deux envolées dignes de Barenboïm, la Miravette espiègle réplique, interpelle, s’amuse avec une feinte naïveté qui ne trompe personne, et pousse même la chansonnette à l’occasion dans un numéro hilarant de fausse gourde totalement irrésistible. Joyet s’asseoit au bord de la scène, s’adresse à son public et au public en général, fustigeant son manque de curiosité chronique (« Bon, vous, je vais pas vous engueuler, vous êtes venus… »), apostrophant le pouvoir en place et sa soif de propagande avec un sourire amusé de libertaire lucide figé sur les lèvres, et dézinguant les medias obtus toujours prêts à s’enflammer pour ce qui marche déjà.

       Le dernier album du duo de choc s’intitule « Les victoires de la muse », au cas où, dixit Joyet lui-même, les gens se tromperaient en farfouillant dans les bacs. Faites moi confiance : le titre en ouverture, « Les mots », vous prouvera que, pour une fois, il n’y a pas tromperie sur la marchandise.

 Ch.M

 Retrouvez Bernard Joyet sur www.bernardjoyet.com

Publié dans MUSIQUE

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