Sociétés au bord de la crise (de nerf !)

Publié le par Au Terminus des Pretentieux

Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant la reprise ! la  reprise ! la reprise !... mais cela n'aboutit à rien et cela ne signifie rien...

Derrière les promesses rassurantes de reprise économique se dessine une réalité plus inquiétante.

         « Les marchés sont rassurés par des chiffres moins mauvais que ceux attendus » ai-je entendu il y a peu à la radio, à propos des chiffres du chômage aux Etats-Unis : 630 000 demandeurs d’emplois en plus au lieu de 650 000 ! Avec le ralentissement de la baisse du PIB ou des ventes de voitures, ou bien l’annonce d’autres indicateurs tels que les bénéfices enregistrés par des grandes banques (pour lesquels l’Etat américain a tout de même déboursé plusieurs centaines de milliards de dollars en deux plans de sauvetage) lors des deux premiers mois de 2009, les places financières mondiales semblent relever la tête. A la lecture de toutes ces données, de plus en plus d’initiés évoquent, avec prudence, l’espoir que le pire de la crise est peut-être passé… Cet optimisme, qui se fonde sur des données statistiques souvent plus virtuelles que réelles (comme le fameux indice de confiance des ménages américains établis par l’université du Michigan), paraît pourtant peu en adéquation avec une réalité sociale bien plus alarmante et préoccupante que « rassurante » ! Tour d’horizon des troubles sociaux actuels et potentiels en divers points de la planète.

1ère partie : Du rêve au cauchemar américain, les Etats désunis ?

Partout où la crise frappe, elle le fait avec une telle violence qu’elle risque d’engendrer en réaction une violence proportionnelle au choc subi. Les Etats-Unis, épicentre du séisme, en sont le parfait exemple. Les effets conjugués de la crise bancaire, du krach financier, de la baisse de la consommation et de la vacuité sociale du libéralisme ont « produit » plusieurs millions de chômeurs en moins de 6 mois. De 5,5% de la population active en août 2008, le taux de chômage est passé à 8,5% en mars 2009. La perte d’un emploi signifie souvent celle de la protection sociale qui y était attachée (assurance maladie et retraite) et, parfois, la perte de la maison que l’on ne peut plus rembourser, ce qui entretient le mouvement des saisies immobilières. La hausse brutale du chômage et les fragilités de l’économie américaine développent aussi la peur de perdre son emploi chez ceux qui en ont encore un. Enfin, le traumatisme est encore plus profond dans une société où la réussite est valorisée et souvent associée à l’emploi, au montant du salaire et à l’acquisition de biens destinés au confort matériel. C’est le rêve américain qui s’effondre, d’autant plus que les secteurs les plus touchés par la crise sont ceux qui sont les plus associés à l’ « american way of life », à savoir l’immobilier et l’automobile. Bref, la portée sociale de la crise a des répercussions non seulement financières et matérielles mais aussi morales et psychologiques de très grande ampleur, favorables à un développement de la violence sous différentes formes.

Encore un Cassandre, me direz-vous ? Pourtant, de nombreux éléments viennent étayer ces craintes :

   1) D’abord, un constat : 200 millions d’armes à feu circulent aux Etats-Unis, et pas seulement des armes de poing ou des fusils de chasse, ce qui fait que 2 américains sur 3 en moyenne sont armés. De plus, le taux d’homicides par balles y est plus élevé que dans n’importe quel autre pays développé. C’est pourquoi il est légitime de redouter que le risque de troubles sociaux peut prendre une dimension  plus complexe et plus violente qu’en Europe.

    2)  Ensuite, des faits : depuis le début de l’année 2009, le nombre de violences en tout genre a augmenté outre-Atlantique. Rien que le week-end des 4 et 5 avril, deux tueries ont ensanglanté le Nord-Est ; le 04 avril, un homme d’origine vietnamienne a assassiné 13 personnes dans un centre d’accueil pour immigrés dans l’Etat de New York et, le même jour, un forcené, barricadé chez lui, a abattu trois policiers et blessé plusieurs autres à Pittsburgh. Quel rapport avec la crise, objecterez-vous ? Les deux coupables avaient en commun le fait d’avoir perdu leur travail peu de temps auparavant… Deux semaines plus tôt, un autre individu tirait sur des policiers, infligeant aux forces de l’ordre leurs plus sévères pertes depuis 18 ans. Et je ne parle pas des drames sanglants survenus le 11mars 2009 et le 24 décembre 2008 (respectivement 11 et 9  morts). Certes, tous ne sont pas directement des victimes de la crise, mais le sentiment d’insécurité qu’elle fait naître est propice à une recrudescence de ce genre de situation. Selon le Chicago Tribune, 53 personnes sont mortes dans ce type de tuerie en un mois. Le scénario de Chute libre, film réalisé en 1993 par Joël Schumacher,  est en train de se concrétiser, la fiction devenant une réalité. De même, la pression exercée par les difficultés économiques entraîne également une augmentation des violences domestiques (plus de 40% en Floride !)

            En attendant, des entreprises ferment, des quartiers résidentiels se vident de leurs habitants et des villages de tentes commencent à se former autour de certaines agglomérations. Si Wall Street va mieux en apparence, le chômage de masse n’épargne aucune catégorie sociale. La crise accélère en effet la paupérisation de la classe moyenne, déjà amorcée depuis quelques années du fait du surendettement lié à la surconsommation et au recours abusif au crédit. Or, pour l’historien de gauche, Howard Zinn, auteur d’une Histoire populaire des Etats-Unis remarquable, les classes moyennes sont les gardiens de la stabilité de la société américaine … tant qu’elles profitent, même modestement, de la prospérité du pays ! Le déclassement progressif ou brutal d’une partie d’entre elles pourrait profondément déstabiliser l’ordre politique, économique et social des Etats-Unis.

            Jusque là, un élément freine le glissement progressif de la nation américaine vers la violence généralisée : les espoirs que beaucoup ont placé dans le nouveau président Barrack Obama, qui bénéficie d’un capital confiance peu commun. Qu’il vienne à décevoir, à échouer dans sa politique, et la désillusion pourrait être à la mesure de l’immense ferveur qu’il a suscitée… Déjà, des manifestations ont lieu contre l’augmentation de la fiscalité rendue indispensable par les milliers de milliards de dollars dépensés dans les plans de sauvetage des banques et les nationalisations de sociétés au bord de la faillite.

 Mais le pouvoir a déjà anticipé cette perspective catastrophique puisque, avant même le krach de l’automne 2008, un rapport du Pentagone développait le scénario d’une menace provoquée par une crise économique d’envergure. Depuis, des troupes de combats sont revenues d’Irak et l’une de ces unités aurait déjà reçu une formation de contrôle des foules et d’utilisation d’armes « inoffensives », conçues pour « maîtriser des individus désobéissants et dangereux sans les tuer », selon un des officiers. La réorientation d’une unité de combat d’un théâtre d’opération extérieure vers la sécurité intérieure constituerait une militarisation de la réponse aux troubles sociaux et laisserait augurer une dérive orwellienne des Etats-Unis. Espérons qu’il ne s’agit là que d’une hypothèse née de mon imagination délirante et paranoïaque.

Sites à consulter pour un information jetant un regard plus libre sur l’actualité du monde

http://mondialisation.ca

http://www.tomdispatch.com (site en anglais)

J-Ph. C.

Publié dans POLITIQUE

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article