Coup de torchon sur le bayou

Publié le par Au Terminus des Pretentieux

Dopé par la réédition de son ouvrage de conversations américaines, Bertrand Tavernier nous livre un polar cajun magistral.

Bertrand Tavernier est un homme de convictions. Mais ses combats le rongent et il a poussé la lutte jusqu’à la caricature. Depuis quelques films, son cinéma claudique et son bâton de pèlerin à défaut de le soutenir le fait trébucher. Evidemment le maître horloger garde une maîtrise de la mécanique cinématographique mais qui trop embrasse, mal étreint !

« Ne jamais s’écarter des ses principes » prévient le fantomatique général John Bell Hood émergeants des brumes électriques et les fondamentaux de Tavernier ont à voir avec la pellicule. De l’autre côté de l’Atlantiq’, Bertrand Tavernier a retrouvé ses bons vieux démons, débarrassé de ses oripeaux, il s’est déloqué, a plongé dans la fange des bayous et a tordu le coup à cet éternel énervement qui grippait son cinéma.

Tommy Lee Jones dont le visage, la silhouette et surtout la voix inonde avec bonheur le film, est un lieutenant de police qui regarde le passé en face pour dénouer le présent. Il marche dans les pas de Bell de « No country for old men » dans le rôle d’un personnage d’une étrange paternité avec celui des frères Cohen. Il a fort à faire, un meurtrier rôde. Mais les racines du mal sont comme celles des arbres des bayous, elles se sont immiscées partout et notamment dans le cinéma incarné ici par le tournage d’un film hollywoodien sur la guerre de Sécession.

Le lieutenant écoute, interroge à la manière de l’enquêteur Tavernier, mémoire d’un cinéma américain qui tourne trop souvent le dos au passé et qui dévore ses enfants comme la louve dont le héros rêve. Le message de Tavernier n’est jamais aussi audible que quand il ne martèle pas. Pas plus que le héros de son film, il ne sauvera le monde. En passeur cinéphile, il tisse le lien entre cinéma d’hier et d’aujourd’hui. Comme l’Ulysse de O Brother, encore les frères Cohen, il est l’oracle qui prédit l’avenir : que la fête commence !

 T. G.

Publié dans CINEMA

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