Le sourire de Bégaudeau

Publié le par Au Terminus des Pretentieux

Que penser de ce sourire un brin cynique que François Bégaudeau affiche un peu partout dans le Poste ? Depuis le succès d’Entre les murs, l’agrégé de Lettres a un avis sur tout et il le donne. Une voix de plus dans la cacophonie médiatique. Qu’importe ! Ce qui gène un peu plus c’est le chemin emprunté.

 

          François Bégaudeau est tombé dedans tout petit, parents profs, il a une solide culture et un sacré culot, il est tantôt footballeur, musicien, agitateur, écrivain mais il faut bien vivre et après avoir échoué à normale sup, il devient prof…

 

          De cette expérience, il tire un livre, plutôt bien torché. Laurent Cantet s’empare de l’histoire. Bégaudeau devient un directeur de casting et d’acteur hors pair. Le prof montre qu’il a un talent pédagogique que ses supérieurs n’avaient pas mesuré et si l’Education nationale oublie ce brillant élément dans un coin de classe, le Festival de Cannes et Sean Penn le célèbrent.

 

          Dans le bunker cannois, on applaudit des deux mains. Cantet est brillant, il sait à merveille capter dans les regards et dans les attitudes l’errance et la solitude. Les élèves et les enseignants sont formidables de justesse. Bégaudeau a orchestré le jeu de ces gamins. Les amateurs se sont mués en de merveilleux acteurs. Et François himself, les yeux dans le vague, incarne admirablement le prof emporté par le courant.

Car la force du film tient probablement dans cette image de deux mondes à la dérive. Le verbiage des ados est leur coquille mais ce qui est assez neuf,  les adultes sont de grands enfants pas très éloignés des premiers mais si distant pourtant. Dans les sables mouvant d’Entre les murs, celui qui se débat est enseveli alors la résistance est molle, on survit.

Le film devient la parabole d’une société où tout fout les camps, où chacun se cherche. Mais les murs ne sont pas prison, l’école est une bouée, une ancre à laquelle on s’agrippe en grappe. Le mur devant ventre, maternel, et accouche dans la douleur, de la relation, de la société.


          Jalil Lespert, le DRH timide retrouvait une conscience de classe dans Ressources humaines, François et les autres d’Entre les murs existent ensemble.

Pas de vie hors le groupe, le mensonge de Vincent-Aurélien Lecoing est ce qui le lie aux autres dans l’emploi du temps et François-Frédéric Pierrot des Sanguinaires doit accepter la vox populi ou mourir.


          Il peut sourire Bégaudeau. A la première occasion, un prix, un succès et un gros chèque plus loin, il a quitté le navire. Moi d’abord, les femmes et les enfants ensuite !

Chez Cantet le message est inverse, la classe est salvatrice et l’individu est voué à une mort certaine.

Bégaudeau est comme ces rappeurs qui en font des tonnes sur la banlieue et qui à la première occasion rejoignent les beaux quartiers. On nous répondra que l’idéalisme n’a jamais rendu l’individu heureux et qu’il faut d’abord sauver sa peau. Mais quelle malhonnêteté ! Faites ce que je dis pardon ce que je montre, pas ce que je fais. Poudre aux yeux et paillettes, nous cocufions la masse qui en redemande. Et Cantet dans tout ça, que pense-t-il des frasques de son compagnon d’un film ?

 

          Il peut sourire Bégaudeau mais comment espérer d’un monde où le cynisme a pris le pas sur la conscience de classe ?


T. G.

Publié dans MEDIAS

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