Sophie Hunger, l’edelweiss du songwriting

Publié le par Au Terminus des Prétentieux

"Helvète underground" nous chantait un Bashung trop tôt rayé des cadres. Pour retrouver le moral et donner enfin une âme soeur à Stefan Eicher, rien de tel que l'album de Sophie Hunger qui remet nos pendules musicales à l'heure suisse.

 


Il y a peu de temps une certaine Olivia Ruiz s’autoproclamait « la femme en chocolat », oubliant que ce plaisir de gourmet et cauchemar des hypercholestéreux doit tout à notre charmante voisine, la Suisse, qui en garde jalousement le secret dans un coffre qu’on imagine bien garni et bien gardé.

Heureux helvètes qui voient en ce printemps cauchemardesque la naissance d’un edelweiss du songwriting en la personne de Sophie Hunger dont le « Monday’s ghost » tendrait à prouver qu’il ne faut plus craindre les lundis, quand au soir d’un dimanche paresseux le générique du « Masque et la plume » s’éteint tout doucement, nous laissant seul avec une boule à l’estomac à l’aube d’une semaine à recommencer.

 

          Sur la pochette Sophie ne sourit pas vraiment, elle semble nous regarder avec l’assurance d’une musicienne accomplie du haut de ses 26 ans et de son (presque) premier album. Quelques arpèges de guitare plus tard (ceux de « Shape » en ouverture, joyau pop quasi parfait), la magie opère déjà, mélange de suavité et d’énergie brute et sophistiquée au gré des ambiances distillées par celle qui pourrait bientôt devenir la vraie grande Sophie.

 

          Une voix ferme tour à tour cajoleuse et agressive, qui s’envole sur un beat infernal dans « The tourist », haché menu par une batterie à découper un cheval en rondins, avant que « Birthday » ne vienne réveiller le vieux fan de Dylan qui dort en nous, harmonica vintage et chant à l’attaque, ah mon dieu avait-on entendu telle voix depuis Beth Orton ?

 « Monday’s ghost », le morceau titre, synthétise à lui seul l’ extraordinaire bric-à-brac qu’est tout l’album : un piano dépouillé chemine aux côtés d’une flûte traversière, introduisant la mélodie puissamment chantée, avant que des cuivres intempestifs ne viennent bouleverser l’harmonie ténébreuse qui régnait jusque là.

 

          Le tempo et la voix explosent littéralement alors, dans un break halluciné et vociféré avec un culot désarmant, avant que l’apaisement ne revienne et que le piano ne se referme sur quelques secondes d’éternité que miss Hunger aura volé pour nous. Remarquablement secondée dans son entreprise de dépoussiérage du paysage musical européen par des musiciens à l’unisson, la suissesse fait preuve d’un mordant et d’une inventivité qu’on n’avait guère entendus depuis disons les premiers Kate Bush.

 

          Quand plus loin, derrière un « Teenage spirit » qui offre comme une évidence un sens de la composition sidérant, et un « The boat is full » endiablé, surgit « Rise and fall » en point d’orgue de l’album, l’auditeur reste pantois : Hunger a une façon qui n’appartient qu’à très peu de dynamiter ses morceaux de l’intérieur, ayant bien compris que si le plus court chemin d’un point à un autre est la ligne droite, c’est aussi le moins attractif. Ecoutez comment « Rise and fall » débuté sur un piano déchirant et un somptueux arrangement à deux voix bifurque en plein milieu vers un Opéra de Quatre Sous pour épileptiques…

 

          Bariolé mais cohérent, savamment audacieux, le « Monday’s ghost » de Sophie Hunger  comme le « Funeral » d’Arcade Fire il y a déjà six ans, rend d’un coup obsolètes ces disques que nous avons achetés dans l’espoir d’y trouver autre chose que ce que nous y avons trouvé et poliment écouté. J’en ai plein mes étagères.

          Il m’étonnerait fort que la Zurichoise épouse un jour un chef d’état, surtout le nôtre ; elle brille déjà d’un éclat trop fort auprès duquel la pâlichonne disquette de Carla brunit.

Ch. M.

 

Sophie Hunger est à retrouver sur :

 

http://www.citylightsforever.ch/ et http://www.myspace.com/sophiehunger

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