Les charmants petits scénarii de Vincent

Publié le par Au Terminus des Prétentieux

Vincent Delerm nous la joue courte sur son dernier opus. Quinze chansons et trente-six minutes de petits scénarios  qui oscillent entre la comédie amère du temps qui passe et le film qui tue. Retour sur un album charmeur malgré quelques impasses.
 

 

François de Roubaix disparu au cours d’un accident de plongée en 1975  (victime du même barracuda que Cloclo ?) venait de signer la musique du « Vieux fusil », bon film pour ceux qui ont en mémoire la réplique un rien cynique de Benoit Poolvoerde dans « C’est arrivé près de chez vous ». Vincent Delerm, qui a vu beaucoup de films et ne s’en cache pas bien au contraire, lui rend un hommage tout simplement poignant dans la meilleure, et de loin, chanson de sa dernière livraison « Quinze chansons ».

 

Ou comment, dans un des titres fleuves de l’album (3 mn30), restituer avec une justesse et une sensibilité à faire frémir une banquette en skaï tout ce qu’on aimait tant dans ces films français des années 70 sans oser le dire de peur de passer pour un dangereux pompidolien. Lino Ventura, les taches de rousseur d’une serveuse de brasserie qui a le minois de Marlène Jobert, la Peugeot sous la pluie, c’est « Dernier domicile connu » qui défile sous nos yeux . Caméléon inspiré, Delerm pique à son maître ses arrangements qualité française pour les fondre à merveille dans sa propre mélodie et en faire surgir une mélancolie et une nostalgie qui rattrapent à elles seules quelques inutilités balancées jusque là.

 



Capable donc du meilleur, Delerm sait bien qu’on lui pardonnera mal le pire. Pire serait d’ailleurs exagéré, juste deux ou trois ritournelles vite disparues au coin d’un piano droit et dont on ne saisit guère la nécessité.

Si des titres comme « Le cœur des volleyeuses bat plus fort pour les volleyeurs » ou « Un tacle de Patrick Vieira n’est pas une truite en chocolat » ont un emballage attirant, Delerm a oublié qu’à l’instar des raviolis industriels dont je tairai la marque par pure déontologie, l’important c’est ce qu ‘il y a dans la boîte… Et là…

 

Oubliées ces petites faiblesses passagères, la Delerm touch opère avec justesse et un charme indéfinissable lorsqu’il évoque avec une cruauté pleine de nostalgie le temps qui s’est enfui, c’est « Shea Stadium » et sa groupie des Beatles, immortalisée comme tant d’autres sur un cliché d’époque, et rattrapée par la vie, les gosses, le ménage à faire et le linge à repasser. Benabar aurait pu en faire une chansonnette pour monospace, Delerm en tire une ode bouleversante à la jeunesse perdue.

Et c’est bien ce que confirment les plus belles de ces quinze chansons : le Delerm guilleret, badin et primesautier, frôle l’insignifiance tandis que le Delerm pudiquement nostalgique de sa propre adolescence, tel qu’il se met en scène dans le mélancolique « 78543 habitants », nous bouleverse littéralement.

 

En légèreté, ce qui n’est pas un mince exploit.

 

Quand ce garçon en aura fini avec sa manie agaçante à la longue de coller du Godard ou du Houellebecq à longueur de morceaux, qu’il aura enfin compris que ce qu’on aime avant tout chez lui c’est sa faculté à faire vibrer nos cordes sensibles et à nous emmener dans ses courts métrages parfois si réussis, alors oui Delerm sera grand.

Sûrement plus grand que Patrick Vieira.

 

Ch. M.


Retrouver Vincent Delerm sur le Portail de sa maison de disques :


www.totoutard.com


Publié dans MUSIQUE

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