Un G20 sinon rien

Publié le par Au Terminus des Prétentieux

Un G20 sinon rien ! Notre spécialiste de la question écomico-politico-foutage de gueule est bien pessimiste sur l’issue de cette réunion très médiatisée qui devait sauver le monde. Un long article à lire absolument jusqu’au bout pour voir un peu plus clair.

 

Au début du mois d’Avril 2009, Londres a accueilli les 20 pays les plus riches de la planète pour trouver des solutions communes à la crise financière et économique. A l’issue de cette réunion, le président français a exposé sa satisfaction teintée de vanité mégalomaniaque (à défaut de sa femme et de sa Rolex) devant les caméras de télévision pour souligner que le sommet du G20 avait constitué un tournant de l’Histoire. Au-delà des effets de communication dont le locataire de l’Elysée est coutumier, cherchons à savoir quelle est la portée réelle de cet événement.

 

D’abord, replaçons les choses dans leur contexte : avant d’être un moment historique, le G20 de Londres est avant tout un produit de l’Histoire. Sans la crise actuelle d’un capitalisme débridé, auto prédateur et en bout de course, un tel sommet n’aurait pas été envisageable. C’est l’ampleur incomparable de cette crise qui a contraint les dirigeants des vieilles nations dominantes à se réunir autour d’une table avec les puissances émergentes pour coopérer. Il marque la fin du leadership américain et, dans une conception plus large, occidental. En ce sens, l’événement est en lui-même une page d’histoire qui se tourne, quel que soit le résultat des négociations. Pas besoin, donc, des conclusions de la présidence française pour parvenir à cette évidence.

 

De plus, il est évidemment trop tôt pour mesurer les effets des décisions prises lors de ce sommet. Nombre de mesures consistent en fait à énoncer des intentions communes de réguler le capitalisme, de lui imposer des limites, un contrôle et même, de le moraliser… Nos 20 vaillants dirigeants ont donc décidé de mieux surveiller l’activité boursière pour prévenir les risques de dérapage (dont les subprimes sont un exemple), d’encadrer plus étroitement les fonds d’investissements (hedge funds), les sociétés de courtage et de trading, de lutter contre les paradis fiscaux. Evidemment, même des membres d’Attac ne peuvent que souscrire à de tels objectifs. Encore faut-il les concrétiser ! Si le FMI est chargé de cette mission de régulation, on peut se demander quels seront ses moyens d’investigation et de contrôle, et, surtout, quelles seront les possibilités de sanctions et d’interventions en cas de risques identifiés… De même, il sera très difficile aux organismes de régulation de prévenir une bulle spéculative avant qu’elle n’éclate, comme cela a été le cas avec l’immobilier ces dernières années.

 Tout dépendra donc de la volonté des principaux dirigeants d’aller plus loin dans la direction choisie à Londres.


A ce titre, quelque chose me dérange dans ce revirement brutal de personnalités qui, durant des années, n’avaient pas particulièrement brillé par leur discours alter mondialiste. Moraliser le capitalisme consisterait à dire que ce dernier a permis les pratiques immorales de certains banquiers, spéculateurs et actionnaires et, par conséquent, à déresponsabiliser les pouvoirs politiques de toute implication dans la catastrophe actuelle, notamment ceux qui, il y a encore peu, ont exercé la fonction de ministre des finances de part et d’autre de la Manche et qui ont défendu un système qu’ils doivent aujourd’hui réformer en profondeur… Mais au-delà de la volonté réelle des politiques dont je ne peux préjuger, des doutes sont légitimes quant à leurs capacités à penser autrement un système fondé sur la croissance à tout prix.


Le scepticisme est alimenté par les listes des paradis fiscaux, pourtant présentées en pâture aux médias comme des preuves tangibles et concrètes de l’action du G 20 : en fin de compte, la liste noire, celle des grands méchants permettant l’évasion fiscale, le blanchiment de l’argent « sale » et diverses formes d’opérations financières plus ou moins avouables, se réduit à 4 Etats : le Costa Rica, les Philippines,  la Malaisie et l’Uruguay, accusés de non coopération… Quid des sites les plus connus, comme Monaco, le Liechtenstein, la Suisse et le Luxembourg, pour ne citer qu’eux ? On les retrouve dans une liste « grise », celle de ceux qui ont pris des engagements sans les tenir… Subtile distinction qui change tout !!! Et que dire de la présence de ces « trous noirs » de la finance que sont les îles anglaises de Jersey et Guernesey, l’île Maurice et la Chine, avec Hong Kong et Macao, dans une liste « blanche » ?! Les Etats-Unis y figurent également, alors qu’une enquête récente du journal The Economist, pilier de la presse britannique de qualité, a démontré que le Delaware, le Wyoming ou le Nevada sont des zones de « non droit » d’un point de vue financier : par exemple, le Nevada, qui abrite seulement 2,5 millions d’habitants, enregistre chaque année 80 000 nouvelles sociétés et en compte actuellement 400 000, soit une pour 6 personnes !!! Comme le Nevada ne demande pas le nom des actionnaires, on peut légitimement penser, sans passer pour un gauchiste paranoïaque, que certaines sont des sociétés écrans qui  peuvent ouvrir un compte bancaire et transférer des fonds de manière frauduleuse.


Le seul résultat concret du sommet est la renaissance conjointe du FMI et de son président Dominique Strauss Kahn. Le Fonds monétaire international était pourtant en disgrâce il y a un an encore : compte tenu des thérapies de choc qu’il avait infligées aux pays du sud et aux Etats de l’ex-bloc communiste lors des deux dernières décennies par le biais de politiques d’ajustement structurel (privatisation, déréglementation et diminution des dépenses publiques), beaucoup de pays n’osaient plus faire appel à l’organisation, surtout après la catastrophe subie en 2001 par l’Argentine, alors considérée comme le meilleur élève du FMI ! Cependant, la crise est passée par là et a relégitimé une institution discréditée et qui est déjà intervenue au chevet de l’Islande et de la Hongrie. En triplant les fonds mis à disposition de l’organisation, le G20 a donc redonné au FMI un rôle central, d’autant que ses missions devront être élargies à la surveillance du système financier, ne l’oublions pas. A l’heure où la volonté de mieux contrôler et réglementer le capitalisme est publiquement affichée au plus haut niveau, il est peu crédible de voir le FMI imposer des conditions draconiennes à ses prêts et renouer avec des pratiques qui ont d’ailleurs contribué à mener le monde au bord de l’abîme où il se trouve aujourd’hui.


Par une ironie dont seule l’Histoire a le secret, Dominique Strauss Kahn, qui avait accepté le « placard doré » que lui avait proposé le président français (sans doute à cause de la forte rémunération du poste et de l’attitude conciliante des collaboratrices du FMI…) pour l’écarter de la vie politique, se retrouve placé au cœur du dispositif mondial de la lutte contre la crise, le tout sous les projecteurs des médias… Oubliées les frasques sexuelles de l’automne dernier ! Oubliée la petite bourde où il prétendait, il y a environ un peu plus d’un an, que le pire de la crise financière était derrière nous !... Et revoilà Dominique en selle (si je puis dire) pour une éventuelle candidature présidentielle en 2012 !


Derrière cet empressement à redonner au FMI des moyens financiers de grande ampleur se cache une préoccupation qui était sans doute le véritable enjeu de ce G20 : la survie des Etats d’Europe de l’Est au bord de la faillite. Avant le sommet de Londres, le FMI n’avait plus suffisamment de ressources pour aider tous ces pays et l’Union européenne ne pouvait agir sans un soutien international plus large, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ayant déjà fort à faire avec leurs problèmes internes. Le sauvetage de l’Europe de l’Est est d’autant plus urgent que leur faillite risque de déclencher des effets dominos aux conséquences incalculables. Par exemple, les   banques autrichiennes ont développé une stratégie d’expansion dans les nouveaux Etats-membres de l’UE, à tel point que les sommes versées par elles dans ces pays en transition correspondent à 85% de leur PIB ! L’effondrement de l’Europe orientale entraînerait donc celui des banques autrichiennes et, comme il est peu vraisemblable que celles-ci aient investi avec leurs seuls fonds propres, nul besoin d’être un adepte de la théorie des dominos pour comprendre que les effets dévastateurs de cette situation ne se limiteront pas à l’Autriche…


Cet objectif a été tellement primordial que d’autres aspects, pourtant tout aussi préoccupants, n’ont pas été abordés, du moins de manière officielle. Ainsi, aucune proposition commune n’a été effectuée pour faire face au problème de la liquidation des actifs toxiques du système financier et bancaire. La présence diffuse, dans les bilans des banques, de tous ces produits et titres financiers, adossés à des prêts hypothécaires à hauts risques (subprimes) ou à des assurances couvrant ces mêmes risques (swap), paralyse pourtant le crédit et la confiance indispensables à toute reprise. Visiblement, ces mesures sont laissées à la discrétion des différents Etats : Obama a déjà proposé un plan de près de 1000 milliards de $ alors que l’Europe, le Japon et la Chine semblent à la traîne dans ce domaine.


Bref, ce G20 a constitué un premier pas dans une bonne direction, celui d’une nouvelle gouvernance mondiale et d’une aide accrue aux pays les plus en difficulté. Néanmoins, il faudra beaucoup d’autres pas pour sortir de la crise et réformer le système en profondeur… Et pendant ce temps, le nombre de chômeurs augmente vertigineusement dans la plupart des pays et, avec lui, les risques de radicalisation du mécontentement et les menaces d’explosion sociale…

 

J-P. C.

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